Camille Bloch, 75 ans à Courtelary
Cher Camille Bloch,
Mon cher chocolat suisse,
Me permettras-tu ce tutoiement impertinent pour te dire tout le bien que je pense de tes septante-cinq ans à Courtelary ? Moi-même, né à quelques encablures de ton siège, je parlais avec une fierté légitime de tes douceurs, les recommandant à chaque occasion, sans en avoir découvert les entrailles avant il y a peu. Il aura fallu un reportage photographique avec mes potes prévôtois pour que je m’initie à quelques uns de tes secrets.
Et j’étais à nouveau là, altier, quand tu as accueilli plus d’onze mille personnes ce week-end d’avril pour leur montrer ton savoir faire et leur mettre l’eau à la bouche avec tes chocolats fourrés.
Ah ! Cette multitude d’enfants, de jeunes, de parents, de retraités, ce mélange éclectique venu de partout pour découvrir les coulisses de la fabrication de tes produits, ou simplement tenter une immersion gourmande. Cette foule bigarrée qui se faisait transformer dès l’entrée avec force blouses et bonnets, les faisant ressembler à des extraterrestres ; ils s’en amusaient, se photographiaient et se gaussaient de se voir ainsi attifés.
Par cette magnifique journée ensoleillée, étaient-ce les prémices d’un printemps tant attendu qui les rendaient de si bonne humeur ? Point de chafouin ni de grincheux, la gaîté et la bonne humeur régnaient dans les files d’attente pourtant assez importantes. On y entendait la langue de Molière, pointée de régionalismes, celle de Goethe, mâtinée d’accents helvétiques, et d’autres encore aux consonances incertaines pour le néophyte. Ragusa et Torino furent les maître-mots dans les dédales de ton antre.
Mon cher chocolat suisse, tu avais bien fait les choses dans ton temple de la douceur : le visiteur pouvait y observer les différentes phase de la fabrication de tes produits, depuis le rôtissage et la torréfaction des fèves de cacao au produit fini, en passant par le malaxage de la pâte de chocolat, l’enrobage ou encore le refroidissement des branches, pralinés ou chocolat à la liqueur défilant en rangs serrés par milliers sur les tapis. Le conditionnement, l’emballage et l’expédition n’auront plus de secret non plus pour le visiteur avide de savoir. Et à chaque étape, tu avais délégué un personnel motivé donnant moult explications. Admirable aussi, ton personnel venu travailler le weekend, afin que tout un chacun comprenne bien que la légende de ta réussite ne doit rien au hasard.
Il y a aussi cet élément qu’il ne fallait pas louper : la dégustation ! Sûr que certains ne venaient que pour cela ! A voir leurs yeux envieux, les papilles en alerte, les regards en coin depuis loin en ayant repéré « l’endroit ». De l’enfant sans gêne stationnant devant les plateaux à l’adulte faisant semblant de rien mais passant plusieurs fois, ou aux gênés de se resservir, ce sont des centaines de kilos de douceurs, auxquels on attribue de véritables vertus, qui furent engloutis. Tu avais même poussé le « vice » à proposer tes produits en action à la sortie, afin de prouver le côté démocratique et accessible à tous de tes chocolats, auquel le boss reconnaît une « capacité de demeurer au fil du temps, un produit vivant et émotionnel ».
Chacun gardera, gageons-en, un souvenir mémorable de sa visite gourmande dans le vallon, et recommandera chaleureusement la marque auprès de son entourage en précisant : « les portes ouvertes des 23 et 24 avril 2010 ? J’y étais » ! Moi aussi, et je m’en souviendrai !
Hors de toute cette excitation et de ce monde défilant en rangs serrés, le valeureux personnel s’est réuni en fin de journée, crevé mais heureux que l’événement fut un succès inestimable. Diantre, plus de onze mille visiteurs en fin de semaine. Crois-moi, ces gens-là avaient bien mérité leur apéritif dînatoire (sans chocolat) !
Claude Gigandet, journaliste, photographe |